12oct.
Numérique responsable : comment réduire l’impact environnemental de l’informatique ?
Découvrez comment les entreprises peuvent réduire l’impact environnemental de leur informatique grâce à l’écoconception, la sobriété numérique et une meilleure gestion des équipements.
Le numérique est partout dans les entreprises.
Ordinateurs, smartphones, serveurs, applications, visioconférences, plateformes cloud, logiciels métiers… Chaque jour, les collaborateurs utilisent de nombreux outils numériques pour communiquer, produire, vendre et travailler.
Pourtant, derrière cette apparente dématérialisation se trouvent bien des équipements physiques : terminaux, réseaux, serveurs et centres de données.
Le numérique a donc un impact environnemental bien réel. En France, l’Arcep estime notamment que les terminaux représentent environ 50 % de l’empreinte carbone du numérique, avec une grande partie de cet impact liée à leur fabrication.
Face à ce constat, les entreprises commencent à s’intéresser à une approche plus globale : le numérique responsable.
Le numérique est-il vraiment immatériel ?
Envoyer un e-mail, utiliser un logiciel dans le cloud ou participer à une visioconférence semble ne nécessiter aucune ressource physique particulière.
Pourtant, chacune de ces actions mobilise une chaîne d’équipements : ordinateur ou smartphone, réseau de télécommunications, serveurs, stockage et centres de données.
L’impact environnemental ne provient donc pas uniquement de l’électricité consommée au moment où un service numérique est utilisé.
La fabrication des équipements représente également une part importante de leur impact. Selon l’Arcep, les terminaux sont aujourd’hui les premiers contributeurs à l’empreinte carbone du numérique en France, et la majorité de cet impact intervient dès leur fabrication.
Cette réalité change la manière dont une entreprise peut réfléchir à sa stratégie numérique.
Qu’est-ce que le numérique responsable ?
Le numérique responsable consiste à prendre en compte les conséquences environnementales, sociales et économiques des technologies numériques.
Il ne s’agit donc pas simplement d’utiliser moins d’ordinateurs ou de réduire la consommation électrique des serveurs.
La démarche peut concerner l’ensemble du cycle de vie d’un service ou d’un équipement : conception, achat, utilisation, maintenance, évolution et fin de vie.
L’objectif est de chercher un numérique plus utile, plus durable, plus accessible et mieux maîtrisé.
Dans cette logique, l’écoconception occupe une place importante.
Concevoir des services numériques plus sobres
Un site web ou une application peuvent être conçus de manière très différente selon les choix réalisés en amont.
Nombre de fonctionnalités, poids des pages, quantité de contenus chargés, taille des images, architecture technique ou encore renouvellement des données : tous ces éléments peuvent influencer les ressources nécessaires au fonctionnement du service.
L’ADEME recommande notamment de s’interroger sur l’utilité réelle d’un service numérique avant même sa conception. L’approche d’écoconception consiste ensuite à intégrer les enjeux environnementaux tout au long du projet.
La question n’est donc plus simplement :
« Que peut-on développer ? »
Mais aussi :
« De quoi l’utilisateur a-t-il réellement besoin ? »
Faire mieux sans forcément faire plus
Dans le numérique, ajouter une fonctionnalité est souvent techniquement possible.
Mais chaque nouvelle fonctionnalité peut également entraîner davantage de données, davantage de traitements et parfois davantage de complexité.
Une démarche responsable consiste donc à éviter le superflu.
L’ADEME propose notamment de s’interroger sur trois critères pour les contenus et fonctionnalités : sont-ils utiles, utilisables et utilisés ?
Cette approche peut sembler simple, mais elle permet de remettre le besoin réel de l’utilisateur au centre de la conception.
Prolonger la durée de vie des équipements
L’écoconception des logiciels ne constitue qu’un levier parmi d’autres.
Le matériel informatique représente lui aussi un enjeu majeur.
Ordinateurs, smartphones, écrans et autres équipements nécessitent des ressources pour être fabriqués, transportés et remplacés.
Prolonger leur durée de vie peut donc constituer un levier important pour réduire leur impact.
Cela peut passer par une maintenance adaptée, des réparations, le remplacement de certains composants plutôt que de l’équipement complet ou encore le choix de matériels conçus pour durer.
L’Arcep souligne justement l’importance de la phase de fabrication des terminaux dans leur empreinte environnementale.
Faut-il vraiment renouveler tout son parc informatique ?
Le renouvellement du matériel peut parfois être nécessaire pour des raisons de sécurité, de compatibilité ou de performance.
Mais remplacer systématiquement un équipement simplement parce qu’un modèle plus récent est disponible n’est pas forcément la meilleure stratégie.
Une entreprise peut commencer par évaluer l’état réel de son parc :
Quels équipements sont réellement obsolètes ?
Lesquels peuvent encore être utilisés ?
Lesquels peuvent être réparés ou reconditionnés ?
Cette réflexion permet de rapprocher la politique informatique des enjeux de durabilité.
Elle peut également contribuer à mieux maîtriser les dépenses liées au renouvellement du parc.
La question du cloud mérite également d’être posée
Le cloud a profondément transformé l’informatique des entreprises.
Il permet notamment d’accéder à des ressources informatiques sans posséder directement toute l’infrastructure nécessaire.
Mais passer au cloud ne signifie pas automatiquement disposer d’un système numérique plus sobre.
L’impact dépend notamment des infrastructures utilisées, de leur efficacité, du niveau de sollicitation des ressources et des usages qui en sont faits.
L’enjeu consiste donc moins à choisir systématiquement entre cloud et infrastructure locale qu’à évaluer la solution la plus adaptée aux besoins réels de l’entreprise.
Réduire les données inutiles
Les entreprises accumulent également une quantité importante de données.
Documents anciens, doublons, fichiers temporaires, sauvegardes multiples ou données qui ne sont jamais utilisées peuvent continuer à occuper de l’espace de stockage.
Or, stocker des données nécessite des infrastructures.
Cela ne signifie évidemment pas qu’il faille supprimer des informations importantes.
En revanche, une politique de gestion des données peut permettre d’identifier ce qui doit être conservé, archivé ou supprimé.
La sobriété numérique passe ainsi aussi par une question très simple :
Avons-nous réellement besoin de conserver toutes ces données ?
Le numérique responsable concerne aussi les développeurs
Les équipes IT ont un rôle important à jouer.
Lorsqu’un développeur construit une application, ses choix peuvent avoir des conséquences sur les ressources nécessaires à son fonctionnement.
Architecture, requêtes, stockage, fréquence des traitements, poids des contenus ou optimisation du code : de nombreux paramètres peuvent être pris en compte.
L’ADEME rappelle notamment que les choix réalisés lors de la conception sont déterminants pour limiter l’impact environnemental d’un service numérique.
Le numérique responsable n’est donc pas seulement une question de communication ou de politique RSE.
Il peut devenir une préoccupation directement intégrée aux projets IT.
Et pour les utilisateurs ?
Les collaborateurs ont également un rôle à jouer.
Une démarche numérique responsable peut passer par des pratiques simples : conserver son matériel plus longtemps, éviter le renouvellement inutile des équipements, limiter certaines utilisations superflues ou mieux gérer les fichiers stockés.
Mais l’entreprise doit surtout permettre aux salariés d’adopter ces comportements.
Une politique responsable ne peut pas reposer uniquement sur les efforts individuels.
Elle doit être soutenue par des outils, des règles et des choix techniques cohérents.
Mesurer avant d’agir
Réduire l’impact environnemental du numérique suppose d’abord de savoir où se situent les principaux leviers.
Il est donc utile de mesurer son parc informatique, ses renouvellements de matériel, ses usages cloud, ses consommations et, lorsque cela est possible, l’impact de ses services numériques.
Cette démarche permet de ne pas se contenter de bonnes intentions.
Elle aide à identifier les actions les plus pertinentes et à suivre les progrès réalisés dans le temps.
Le numérique responsable repose ainsi également sur une logique d’amélioration continue.
L’écoconception devient progressivement une démarche structurée
Les entreprises qui souhaitent aller plus loin peuvent s’appuyer sur des référentiels existants.
Le Référentiel général d’écoconception de services numériques (RGESN) constitue notamment un cadre de référence en France. Sa version actuelle vise à réduire la consommation de ressources informatiques et énergétiques ainsi que la contribution à l’obsolescence des équipements.
L’intérêt d’un tel référentiel est de transformer une ambition générale en critères plus concrets.
L’entreprise peut ainsi intégrer l’écoconception dans ses projets numériques au lieu de la considérer comme une action ponctuelle.
Un enjeu qui ne se limite pas à l’environnement
Le numérique responsable peut aussi apporter d’autres bénéfices.
Un service plus simple peut être plus facile à utiliser.
Un logiciel mieux optimisé peut nécessiter moins de ressources.
Un parc informatique mieux géré peut permettre d’éviter certains renouvellements inutiles.
Une architecture mieux maîtrisée peut faciliter la maintenance.
L’intérêt d’une démarche responsable est donc de ne pas opposer systématiquement performance numérique et sobriété.
Dans de nombreuses situations, les deux peuvent aller dans le même sens.
Vers une informatique plus utile
La transformation numérique a longtemps été associée à une logique d’accumulation : davantage de données, davantage d’applications, davantage de fonctionnalités et davantage d’équipements.
Le numérique responsable invite à poser une autre question :
Avons-nous besoin de plus, ou avons-nous besoin de mieux ?
Cette différence est importante.
Une entreprise peut disposer de nombreux outils sans pour autant avoir un système informatique efficace. À l’inverse, une infrastructure mieux organisée, des équipements utilisés plus longtemps et des services numériques conçus autour des besoins essentiels peuvent offrir une approche plus cohérente.
Le numérique responsable, une nouvelle dimension de l’IT
Le développement du numérique ne va pas ralentir. Au contraire, les usages de l’intelligence artificielle, du cloud, de la data et des applications professionnelles continuent de faire évoluer les besoins informatiques.
Dans le même temps, l’impact environnemental du secteur devient davantage mesuré et documenté. L’Arcep poursuit notamment son suivi annuel des équipements, réseaux et centres de données afin de mieux identifier les leviers de réduction de leurs impacts.
Pour les entreprises, l’enjeu sera donc de trouver un équilibre entre innovation, performance, maîtrise des coûts et sobriété.
Le numérique responsable ne consiste pas à revenir en arrière.
Il consiste à concevoir et utiliser les technologies avec davantage de recul.
Moins de gaspillage, moins de renouvellement inutile, moins de fonctionnalités superflues : mais davantage d’utilité, de durabilité et de maîtrise.
C’est peut-être finalement cela, l’une des prochaines évolutions majeures de l’IT : ne plus chercher uniquement à faire plus avec la technologie, mais à faire mieux avec les ressources disponibles.


